Seconde édition de Let's Get Together
Le 28 mai prochain aura lieu sur la scène du Trabendo la seconde édition de Let's Get Together.
Après leur succès lors de la première édition au New Morning en mars dernier les 20 chanteurs et 9 musiciens seront de retour avec de nouveaux morceaux, une nouvelle mise en scène, pas mal de surprises et, à coup sur, toujours la même énergie.
Avec le recul de ces quelques semaines c'est en effet l'incroyable intensité qui s'est dégagée de ce spectacle que l'on retient. Un répertoire de standards soul, funk et gospel au taquet qui a électrisé le parterre de la salle parisienne pendant plus de 2 heures. Une chorale réunissant le gratin des chanteurs « soul » présents sur la scène parisienne.
Générosité et l'authenticité
A noter ici l'originalité et l'audace du concept dans un milieu où les ego ne manquent jamais d'ampleur.
L'originalité, car à l'inverses de nombreuses soirées « soul » de la capitale, Lisa Spada, instigatrice de ce projet, directrice artistique et avant tout artiste, a choisi de ne pas miser sur le format de la performance vocale individuelle mais, au contraire, de capitaliser sur la présence permanente sur scène de tous les chanteurs. Le choeur ainsi formé a le double mérite d'être totalement inédit et de mettre en avant la générosité et l'authenticité d'une scène qui nous est trop souvent montrée sous un jour précieux et narcissique.
L'audace, car si ce projet part avant tout d'une envie de se faire plaisir, la réalité logistique qu'implique la réalisation d'un événement de cette taille pose un réel défi : dans un milieu où l'indépendance est le lot commun, créer une synergie afin de réunir musiciens, producteurs, communiquants, appuis techniques, etc en ayant comme principal argument la conviction que les artistes qui seront présents sur scène méritent une plus grande exposition médiatique, s'avère être une tâche colossale.
Mettre en avant des chanteurs et leurs projets respectifs, c'est en effet le but premier de ce spectacle pourtant construit autour de grands classiques réarrangés. Des artistes, auteurs compositeurs qui affichent un panel d'influences plus large encore que celui suggéré par le répertoire de Let's Get Together. Antilles, Europe, Australie, Etats Unis, Afrique, autant de pays ou continents représentés au sein de cette troupe. Français, anglais, créole pour les langues les plus utilisées dans leurs créations originales.
C'est d'ailleurs, sans doute, dans cette diversité que réside toute la promesse de cette scène « soul ». Dans cette multitude qu'elle peut se forger une identité propre, affranchie du carcan de ses influences anglo-saxonnes et, ainsi, en définissant son caractère afro-européen face aux modèles afro-américain, acquérir un poids à l'échelle (inter)nationale.
La French Touch de la « soul »
A ce propos, lundi 6 avril dernier, Kayz Loum, recevait sur les ondes de RFI le présentateur du journal TF1, Harry Rozelmack.
Dans le cadre de sa rubrique dédiée aux musiques soul en France K. Loum nous dévoilait les goûts musicaux de son invité : Dwélé, Omar, D'Angelo,... Le journaliste affichait une connaissance pointue de cette scène et de ses références.
C'est d'ailleurs sous son impulsion que la chaîne française diffusait un documentaire sur Raphael Saadiq à l'occasion de son dernier passage en France. Or, lorsque K. Loum soulignait l'originalité d'un tel choix éditorial sur un média aussi populaire, H. Rozelmack lui répondait la chose suivante : « A partir du moment où un artiste passe dans le journal de 20h, c'est qu'il est légitime et si on a fait un sujet, c'est parce qu'il y a un écho dans l'opinion française par rapport à cet artiste et à son dernier album qui marche très, très bien ».
Ainsi pour atteindre cette haute sphère des média, en quelque sorte cette consécration médiatique, un artiste doit « marcher très bien », pour avoir un « echo dans l'opinion française ». La route semble donc bien longue pour des artistes indépendants qui évoluent dans un système où leur légitimité est mesurable par télémétrie...
Ecrasés par la fascination des médias pour les artistes d'outre atlantique ou d'outre manche, leur sort semble définitivement passer par l'imposition d'un style plus personnel, une sorte de French Touch de la « soul ».
Mais pour l'heure c'est a une célébration que nous seront conviés. Celle du groove et des voix, mais aussi et surtout celle des racines et des influences.
Celles du gospel sur la musique moderne afro-américaine. Celles de la musique moderne afro-américaine sur toute une génération d'artistes dont le talent n'attend que la reconnaissance d'un establishment qui tarde à lui donner une place dans le paysage musical français.
G.M.

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.
