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Contre vents et marrées

Satine, contre vents et marées.

Satine
(c) Fred Toulet / Stufftrack

Stufftrack se penche ce mois si sur le dossier Satine, formation française qui semble bien décidée à faire parler d'elle avec, prévue pour ce printemps, la sortie d'enregistrements live, fruits d'une actualité scénique résolument axée sur le qualitatif.

Comme si la conjoncture du marché du disque ne suffisait pas, 2009 s'ouvre sur une crise mondiale (mais est-ce vraiment nouveau ?) qui plonge le spectacle vivant dans une nouvelle tourmente. En effet, ces dernières années, à défaut de support enregistré viable, la musique et ses acteurs s'épanouissaient côté scène et trouvaient dans l'euphorie du live, une source de revenu alternative permettant de traverser cette période d'incertitudes.
Oui mais... Face au désenchantement économique les festivals voient leurs dotations issues de fonds privés ou publics réduites à peau de chagrin, le public sur la défensive, tend à sortir moins que les années précédentes, etc, etc.
Ainsi, les programmations se limitent aux têtes d'affiches bien ancrées dans le paysage culturel, ou en d'autres termes aux artistes « bankable » qui semblent être au nombre d'une trentaine tout au mieux tant on retrouve toujours les mêmes noms d'une affiche à l'autre.

Des artistes indépendants qui luttent.

Satine
(c) Fred Toulet/Stufftrack.org

Ce processus, bien entendu, se fait au détriment des programmations découvertes, nouveaux talents et autres catégories ayant pour but de mettre en avant les artistes émergeant.
Côté productions, les tournées des artistes perdent de leur superbe et se limitent bien souvent à quelques dates clés qui servent autant à satisfaire une partie du public qu'à entretenir l'illusion que les étoiles brillent toujours de mille feux.
Quelque part, pas si loin, il y a également la masse des artistes indépendants qui luttent, pour se faire connaître et pour survivre en produisant eux même leurs concerts dans des clubs qui ne payent généralement plus, mais font l'honneur à ces saltimbanques de mettre leur illustre (ou non) salle à leur disposition... C'est ainsi qu'afin de limiter les coûts de leur promotion via la scène, les artistes réduisent leurs formations, se produisent en trio ou duo acoustique ou encore en DJ set.

Et puis ailleurs, inattendu, à contre courant, il y a Satine.

D'emblée, ce projet révélé notamment par le tremplin Fallen Fest ne choisit pas la facilité : leur rock électro aux influences très marquées par la veine nordique (Sigur Ros, Bjork) semble bien trop hors format, trop travaillé et sans doute trop authentique, pour tenir dans le cadre étriqué de la scène française. D'ailleurs on ne s'y trompe pas : ils sont toujours indépendants.
C'est probablement cette indépendance qui les pousse sur la voie de l'audace et, tandis que les grosses prods réduisent les coûts, parfois jusqu'à faire jouer leurs artistes sur bande pour ne pas avoir à rémunérer de musiciens.

Satine joue la carte de la mégalo.

Satine
(c) Fred Toulet/Stufftrack.org

Pas de dégraissage pour le quintet parisien qui ose l'évènement en se produisant, non, pardon, plus exactement en s'auto-produisant, au théatre du Gymnase Marie-Bell accompagné d'un orchestre symphonique.
Aliosha (guitare, guitare midi...), Mia (voix, trompette, clavier), Steph (basse, trombone), Nico (violon, clavier, laptop...), Alexis (batterie) ainsi qu'une quarantaine de musiciens classiques rassemblés par Typhain Pinville et dirigés par Aurélien Azan Zielinski, se sont associés pour magnifier les compositions du guitariste et de la chanteuse. Porter à son paroxysme l'univers original que ce groupe nous propose et dont aucun détail ne semble être laissé au hasard. Pour se convaincre de ce dernier point il convient autant d'écouter le sound design de leurs morceaux et que de se pencher sur les visuels (réalisés par Aliosha) qui accompagnent leur communication. A la fois dense et évocateur, baroque et moderne, l'esthétique globale du projet offre un cohérence remarquable qui permet à l'auditeur, de s'immerger dans les climats du groupe avant même d'avoir entendu le moindre son.

La production attendue du DVD.

Fort de cette identité c'est sur le dvd de leur fameux concert que les Satine travaillent. Sa sortie est prévue pour le printemps 2009. Si ce projet de vidéo musicale mis en parallèle avec la nature de la musique du groupe fait immédiatement penser au Roseland concert de Portishead, l'ambition d'une telle réalisation en tant que groupe indépendant force le respect. Tandis que la formation britannique enregistrait ce concert en 1998, au sommet de sa gloire, les Satine se sont lancés dans cette aventure dès les premières marches de leur ascension et sans l'appui d'aucune structure de type production, management ou tourneur. Il est donc facile d'imaginer l'énergie qui aura été déployée pour ré-arranger leur répertoire; réunir autant de gens sur scène, musiciens, techniciens; gérer à la fois l'organisation et la pression d'un événement unique sur lequel ils se devaient d'offrir le meilleur de leur art.

Impressionnant.

G.M.


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